
Un patient sous antithyroïdien qui développe une fièvre brutale avec angine ulcéreuse en pleine nuit : c’est souvent dans ce genre de situation que l’on découvre une granulocytose, ou plus précisément une agranulocytose. Le terme prête à confusion, car on parle tantôt d’excès, tantôt d’effondrement des granulocytes selon le contexte médical.
Dans les faits, la grande majorité des cas rencontrés en urgence concernent une chute sévère des polynucléaires neutrophiles, un type de globules blancs qui constitue la première ligne de défense contre les infections bactériennes.
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Granulocytes et polynucléaires neutrophiles : ce que mesure vraiment l’hémogramme
Quand on reçoit un hémogramme, la ligne qui compte ici est celle des polynucléaires neutrophiles (PNN). Ces cellules appartiennent à la famille des granulocytes, des globules blancs caractérisés par la présence de granulations dans leur cytoplasme. En pratique, on parle d’agranulocytose lorsque le nombre absolu de PNN descend en dessous de 0,5 G/L.
À ce seuil, le risque infectieux devient majeur et nécessite une action en quelques heures. Le corps perd sa capacité à contenir les bactéries, même celles normalement présentes dans la bouche ou le tube digestif. C’est pourquoi les premières manifestations sont souvent buccales ou pharyngées.
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Pour approfondir les mécanismes et les distinctions entre granulocytose et agranulocytose, on peut se référer à la granulocytose définition sur Pharmanco, qui détaille les différentes situations cliniques associées à ces termes.

Médicaments en cause : antithyroïdiens et immunothérapies sous surveillance renforcée
Les agranulocytoses aiguës isolées sont le plus souvent d’origine médicamenteuse. Parmi les molécules classiquement impliquées, on retrouve la clozapine (antipsychotique), certains anti-inflammatoires, des antibiotiques comme le cotrimoxazole, et surtout les antithyroïdiens de synthèse.
Antithyroïdiens : un rappel de pharmacovigilance récent
Le carbimazole, le méthimazole et le propylthiouracile figurent parmi les causes les plus fréquentes d’agranulocytose médicamenteuse. Depuis 2022, l’ANSM a rappelé une augmentation des déclarations d’agranulocytose grave dans les semaines suivant l’introduction de ces traitements. La recommandation renforcée est claire : informer chaque patient de la nécessité d’un hémogramme d’urgence au moindre signe de fièvre ou d’angine.
On ne surveille pas assez ce risque en pratique courante. Le médecin prescripteur mentionne parfois la consigne oralement, mais la traçabilité écrite reste inégale selon les cabinets.
Immunothérapies anticancéreuses : une toxicité émergente
Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (pembrolizumab, nivolumab et autres anti-PD-1/PD-L1 ou anti-CTLA-4) sont de plus en plus utilisés en oncologie. Une toxicité hématologique sous forme d’agranulocytose sévère, bien que rare, est désormais suffisamment documentée pour être reconnue comme effet indésirable spécifique de ces immunothérapies.
La présentation peut être fulminante, ce qui complique la prise en charge. Le traitement repose alors sur des facteurs de croissance granulocytaires associés à des corticoïdes. Les retours varient sur la rapidité de récupération selon les molécules impliquées et l’état général du patient.
Signes cliniques d’alerte : reconnaître une agranulocytose avant l’infection généralisée
Le tableau clinique typique associe une fièvre élevée avec frissons, des lésions ulcéro-nécrotiques de la bouche ou du pharynx, et parfois des signes cutanés ou pulmonaires. Ce qui frappe, c’est la brutalité de l’installation.
- Fièvre supérieure à 38,5 °C d’apparition soudaine, souvent accompagnée de frissons intenses
- Angine nécrotique ou ulcérations buccales douloureuses ne répondant pas aux traitements habituels
- Altération rapide de l’état général avec fatigue profonde et douleurs diffuses
- Signes infectieux ORL, digestifs ou pulmonaires sans amélioration sous antibiotiques classiques
Face à ce tableau, l’hémogramme en urgence est le seul examen qui confirme ou écarte le diagnostic. Attendre 48 heures de plus pour voir si la fièvre cède serait une erreur potentiellement fatale.

Prise en charge et traitement en milieu hospitalier
Une agranulocytose confirmée impose une hospitalisation immédiate, le plus souvent en chambre à flux laminaire ou en isolement protecteur. L’objectif est double : traiter l’infection en cours et relancer la production de granulocytes par la moelle osseuse.
Arrêt du médicament suspect et antibiothérapie large spectre
La première mesure consiste à arrêter immédiatement tout médicament potentiellement responsable. Parallèlement, une antibiothérapie à large spectre est instaurée sans attendre les résultats des prélèvements bactériologiques. Chaque heure compte lorsque le taux de neutrophiles est effondré.
Facteurs de croissance granulocytaires
Le G-CSF (facteur de stimulation des colonies de granulocytes) est fréquemment administré pour accélérer la reconstitution des polynucléaires neutrophiles. La durée de la neutropénie conditionne directement le pronostic : plus la période sans défenses immunitaires se prolonge, plus le risque de sepsis grave augmente.
- Myélogramme réalisé pour évaluer l’état de la moelle osseuse et écarter une hémopathie sous-jacente (leucémie, aplasie)
- Surveillance quotidienne de l’hémogramme jusqu’à remontée des PNN au-dessus du seuil critique
- Adaptation de l’antibiothérapie en fonction des résultats microbiologiques et de l’évolution clinique
Diagnostic différentiel à ne pas négliger
Toutes les agranulocytoses ne sont pas médicamenteuses. Un effondrement des neutrophiles peut aussi révéler une leucémie aiguë, un syndrome myélodysplasique ou une maladie auto-immune. Le myélogramme permet de trancher en montrant l’aspect et la richesse de la moelle osseuse. Un diagnostic étiologique précis conditionne toute la suite de la prise en charge.
L’agranulocytose reste un accident hématologique qui représente une part notable des effets iatrogéniques graves, avec un taux de mortalité qui justifie à lui seul la vigilance permanente des prescripteurs et des patients. Pour toute personne sous traitement à risque, le réflexe d’un hémogramme au moindre signe infectieux inhabituel peut faire la différence entre une prise en charge rapide et une situation irréversible.