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Appel moi ou appelle-moi : quelle orthographe choisir pour éviter la faute ?

Femme concentrée écrivant dans un cahier avec un livre de grammaire française ouvert, illustrant le doute orthographique sur les formes verbales comme appelle-moi

La graphie appelle-moi s’écrit sans s et avec un trait d’union. La forme « appel moi » n’existe pas en français : elle confond le nom masculin « appel » avec le verbe conjugué « appelle ». Derrière cette erreur fréquente se cachent deux mécanismes grammaticaux distincts qu’il faut démêler pour ne plus hésiter.

Impératif du verbe appeler : terminaison en -e sans s

Au présent de l’impératif, les verbes du premier groupe prennent un -e muet à la deuxième personne du singulier, jamais un -es. C’est la règle qui sépare l’impératif de l’indicatif : « tu appelles » porte un s parce qu’il relève de l’indicatif présent, tandis que « appelle » en est dépourvu parce qu’il est un ordre adressé directement à l’interlocuteur.

La confusion vient souvent d’un réflexe : on plaque la terminaison de l’indicatif sur l’impératif. L’Académie française rappelle que chante, mange, appelle suivent tous le même patron. Le s ne revient que dans un cas très précis (abordé plus loin).

Pour ceux qui hésitent entre appel moi ou appelle-moi, la réponse tient donc en un critère : si le mot est un verbe conjugué à l’impératif, la terminaison est -e, sans s, avec trait d’union devant le pronom.

Trait d’union et pronom postposé : la mécanique de l’impératif affirmatif

À l’impératif affirmatif, le pronom complément se place après le verbe et s’y rattache par un trait d’union. C’est une règle de construction syntaxique, pas un choix typographique. On écrit « appelle-moi », « donne-le-moi », « dis-lui », selon le même principe.

Quand la phrase passe à la forme négative, le pronom repasse devant le verbe et le trait d’union disparaît : « ne m’appelle pas ». Le verbe garde sa forme impérative, mais la place du pronom change toute la ponctuation.

Homme lisant un manuel de grammaire française dans une bibliothèque, cherchant la bonne orthographe d'une forme verbale comme appelle-moi ou appel moi

Avec « vous », la forme devient « appelez-moi ». Avec « nous », « appelons-nous ». Le trait d’union reste systématique tant que le pronom suit le verbe.

L’exception du s devant en et y

Le s réapparaît à l’impératif uniquement devant les pronoms adverbiaux « en » et « y », pour des raisons de liaison phonétique. On écrira donc :

  • « Appelles-en un autre si celui-ci ne répond pas » – le s permet la liaison [z] entre le verbe et le pronom « en »
  • « Vas-y » et non « va-y », même principe de liaison obligatoire
  • « Penses-y avant de décider » – le s n’a rien à voir avec l’indicatif, il sert uniquement la prononciation

En dehors de « en » et « y », aucun s ne se justifie à l’impératif du premier groupe.

Doublement du l dans appelle : ce que les rectifications de 1990 ne changent pas

Les rectifications orthographiques de 1990 ont simplifié la conjugaison de plusieurs verbes en -eler et -eter en remplaçant le doublement de consonne par un accent grave : « je modèle » au lieu de « je modelle », « il gèle » au lieu de « il gelle ». La tendance est à l’alignement sur le modèle « peler ».

Appeler et rappeler font exception. Ils conservent le double l dans toutes les formes où la syllabe finale est muette : j’appelle, tu appelles, il appelle, ils appellent, appelle (impératif). La graphie « j’appèle » avec accent grave n’est pas admise, même sous le régime des rectifications.

Cela signifie qu’il faut retenir deux choses simultanément : l’infinitif porte un seul l (appeler), mais la conjugaison en double le l chaque fois que le e qui suit est muet. C’est une alternance phonétique, pas une irrégularité arbitraire.

Distinguer appelle-moi selon le contexte : ordre direct ou discours rapporté

La graphie « appelle-moi » ne change pas entre un ordre direct et une citation rapportée. La différence est purement syntaxique et se lit dans la ponctuation et l’enchâssement de la phrase.

En ordre direct, « appelle-moi » fonctionne comme une phrase autonome ou une proposition principale :

  • « Appelle-moi ce soir. » – phrase impérative simple, point final
  • « Si tu as le temps, appelle-moi. » – la subordonnée conditionnelle précède l’impératif
  • « Appelle-moi dès que tu arrives. » – l’impératif ouvre la phrase, suivi d’une temporelle

En discours rapporté direct, la même forme apparaît entre guillemets : « Elle m’a dit : « Appelle-moi demain. » » L’orthographe du verbe reste identique. Ce qui signale le changement de statut, c’est le verbe introducteur et les guillemets, pas la graphie.

En discours rapporté indirect, la structure bascule entièrement : « Elle m’a demandé de l’appeler demain. » L’impératif disparaît, remplacé par l’infinitif. Il n’y a plus de trait d’union, plus de pronom postposé. Nous constatons que c’est souvent dans ce passage du direct à l’indirect que les erreurs se multiplient, parce que le locuteur conserve mentalement la forme impérative tout en construisant une subordonnée infinitive.

Cas du style indirect libre

Le style indirect libre supprime le verbe introducteur et les guillemets. La phrase « Il fallait qu’il l’appelle, c’était urgent » ne contient plus d’impératif : « appelle » est ici un subjonctif présent (qu’il appelle). Même orthographe, mode différent. Seul le contexte syntaxique – la conjonction « que » et le sujet « il » – permet de trancher.

Quand on hésite, un test rapide fonctionne : si la phrase contient un sujet explicite (tu, il, elle, on), le verbe n’est pas à l’impératif. L’impératif se caractérise par l’absence de sujet exprimé.

Appel ou appelle : ne pas confondre nom et verbe

« Appel » est un nom masculin : un appel téléphonique, un appel à candidatures, un appel d’offres. Il ne prend jamais de -e final. « Appelle » est une forme conjuguée du verbe appeler (indicatif, subjonctif ou impératif selon le contexte). Écrire « appel-moi » revient à coller un trait d’union entre un nom et un pronom, ce qui ne correspond à aucune construction grammaticale française.

Le piège vient de l’homophonie parfaite entre « appel » et « appelle » à l’oral. À l’écrit, la nature grammaticale du mot impose la graphie : s’il s’agit d’une action demandée à quelqu’un, c’est le verbe, donc « appelle ».

Appel moi ou appelle-moi : quelle orthographe choisir pour éviter la faute ?